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Annuaire des entreprises de la diversité culturelle, Montréal et ses environs

Les créolisations comme universalismes

Les créolisations comme universalismes

Antillais, porteur et témoin de l’histoire coloniale des sociétés esclavagistes de l’Amérique des plantations, c’est à partir d’une notion localisée qu’Édouard Glissant propose une lecture du monde contemporain. La « créolisation », s’impose comme appropriation réciproque et création culturelle et sociale entre des segments de population, opposés sur le plan civil et racial (puisque la race se stabilise dans les sociétés esclavagistes) : maîtres, esclaves et « libres de couleur ». Elle diffère du métissage. La créolisation, ce processus continuel, du fait de l’arrivée incessante des populations sur la terre des Amériques, empêche ainsi l’établissement d’une identité figée et statique (une « identité-racine », dit-il) puisque l’identité est à chaque moment redéfinie par de nouveaux apports. Progressivement, Édouard Glissant a élargi la géographie du terme. Pour lui, il y a « créolisation » dès lors que des groupes différenciés sur le plan de la culture, de la langue et de l’origine entrent en Relation (la Relation étant une autre notion importante dans la pensée d’Édouard Glissant), avec ou sans heurt. La créolisation est un outil conceptuel reposant sur des données matérielles et sur l’imaginaire (une façon, des façons, de rêver le monde) qui permettent de penser à la fois l’avenir mais aussi de réinterpréter et de transformer les formes du passé. Loin de tout essentialisme, rien n’est prévisible, les identités sont en mouvement et sont en relation dans un Tout-Monde (autre notion cardinale de la pensée du poète-philosophe). Dans un traité fait avec Patrick Chamoiseau, Édouard Glissant écrivait : « l’identité est d’abord un être-dans-le-monde, ainsi que disent les philosophes, un risque avant tout, qu’il faut courir, et qu’elle fournit ainsi au rapport avec l’Autre et avec ce monde, en même temps qu’elle résulte de ce rapport. Une telle ambivalence nourrit à la fois la liberté d’entreprendre et, plus avant, l’audace de changer ». Elle construit aussi les solidarités comme un horizon d’attente indispensable au monde contemporain. Si la forme de pensée d’Édouard Glissant est poétique – conservant des zones obscures que chacun interprète librement –, elle est importante dans l’espace des Amériques car elle invite les sciences humaines et sociales à redéfinir, constamment et simultanément, leurs propres résultats de recherche, à penser « le tremblement » des frontières heuristiques.
Texte: Myriam Cottias

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